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28.10.2008

Cher et Tendre époux...

Chers Lecteurs,

Il y a un truc que je vous avais jamais dit... c'est que dans un passé lointain, dans une autre galaxie, quelque part, j'ai été mariée. Avec un vrai mari. Et puis, vous savez comment ça va, pour plein de bonnes ou de mauvaises raisons, ou parce qu'on manque de maturité, (ou tout simplement parce qu'on est trop paresseux ou trop futiles pour changer vraiment les choses?) on s'est séparés, on a coulé, tous les deux, on a échoué. Mais vous savez, un mari, même un ex, c'est important, ça se soigne, ça se respecte. Ca s'estime. Il est le père de votre enfant, vous savez que c'est pas un imbécile et si vous prétendez le contraire, alors c'est vraiment que vous êtes de mauvaise foi. Si vous prétendez le contraire, alors vous admettez que vous avez été stupide d'épouser un connard, que vous avez été aveugle pendant le temps que vous l'avez mis à l'épreuve avant de passer voir Monsieur le Maïeur pour signer le contrat à durée indéterminée, et d'utiliser un de ses spermatozoïdes à des fins de procréation. Mais vous n'avez pas pu être aussi bête. Vous avez épousé un homme intelligent et respectable, et puisque ces qualités sont inaltérables, c'est exactement le même genre de gars que vous quittez.

Vous continuez votre chemin, les années passent, vous investissez dans votre boulot, vous élevez votre gosse, vous allez de l'avant et puis quelqu'un d'autre croise votre chemin et vous tombez amoureuse et vous vous dites qu'il faut bien vivre et prendre des risques et...

... et l'ex-mari est toujours là. Bien entendu qu'il est là ! Pourquoi faudrait-il l'ignorer? Et...

... vous le savez, qu'il déteste faire du shopping. Qu'il se sert d'une agraffeuse pour recoudre ses pantalons, et que ses slips finissent invariablement par ressembler à des toiles d'araignée, alors, quand vous passez chez Dod au moment des soldes, vous lui faites ses emplettes, deux fois par an, six ou douze slips. Des chaussettes aussi, des pulls bien chauds, des chaussures... ça ne prend que cinq minutes, vous connaissez sa taille, vous connaissez ses goûts...

... vous le savez aussi, qu'il adore faire brûler de l'encens. Alors vous lui en achetez à chaque passage dans le couloir de la Gare Centrale, là où il y a des hyppis attardés comme qui vous vendent ce genre de trucs pour pas cher. Vous savez aussi qu'il adore le théâtre alors vous lui dénichez des DVDs, et puisqu'il s'adonne désormais aux arts culinaires, vous lui procurez des plantes aromatiques à faire pousser dans sa cuisine et il y a aussi son aquarium et ses gadgets en tous genres... puisqu'il ne vous a pas remplacée, personne ne prend soin de lui, et puisqu'on est responsable de ce qu'on apprivoise, il faut faire de son mieux n'est-ce pas? On peut pas nier qu'on s'aime bien, il n'y a pas de raisons, on peut compter l'un sur l'autre même si on est pas toujours d'accord loin de là et...

... et vous espérez qu'il soit pleinement heureux, qu'il rencontre une chouette nana qui puisse le passionner, l'aimer comme il voudrait qu'on l'aime, s'occuper de lui et être une amie pour votre fils, et vous continuez votre chemin, cahin-caha, de votre côté vous aménagez avec un autre chouette gars que vous aimez vraiment beaucoup et qui vous fait un enfant et...

... votre ex vient vous voir à l'hôpital le jour de votre accouchement, chatouille votre bébé, serre poliment la main de votre jules, du père de la petite fille qu'il aurait propablement préféré vous faire lui-même. Dans un flash, vous vous dites que tout ça est finalement très con mais bon tant pis la vie continue et...

... l'ex-mari est toujours là. Il transmet plein de choses à votre fils, des bonnes, des moins bonnes à votre goût mais c'est pas si grave, vous savez que votre gamin est intelligent et qu'il saura faire la part des choses au moment voulu et que vous serez toujours là pour guider si nécessaire. L'ex-mari a aussi un effet apaisant lorsqu'il s'agit de discuter d'inquiétudes diverses au sujet de votre héritier. Comment réagir de concert lorsque ce dernier vous annonce qu'il a une petite amie? Est-ce qu'il ne serait pas temps qu'il commence à se raser? Mais l'ex-mari s'énerve quand vous commencez à lui parler de trucs pas forcément concrets, c'est d'ailleurs une des raisons pour lesquelles vous l'avez quitté,et la vie continue encore, sauf qu'un jour, l'ex-mari perd la voix.

Une pharyngite, a dit le médecin. Tiens, c'est curieux, les antibiotiques semblent inefficaces, on va en essayer d'autres, mais l'ex-mari reste aphone, et rapidement, un tas d'autres petits et gros symptômes viennent confondre le diagnostic. La radio ne montre rien de spécial, voyons ce que l'ORL en pense... et la prise de sang? Et le scanner? Et le pneumologue? Et la biopsie? Quoi? Des tumeurs? Un cancer...??? Un cancer !!! généralisé...

L'ex-mari redevient mari pour le meilleur et pour le pire; a-t-il vraiment cessé de l'être depuis que plus jamais vous n'avez osé vous engager à ce point avec qui que ce soit d'autre? Lui-même a-t-il jamais cessé de vous désigner en souriant comme "sa femme"? Il n'est absolument pas envisageable de perdre cette guerre, quoi que disent les médecins, et on s'en tape des pronostics. Vous avez besoin de lui, votre fils a besoin de lui, et rien ne résiste à la volonté. Cher et tendre époux, tu vas t'en sortir et t'es certainement pas tout seul.

Et comme dans toute guerre, on établit des stratégies. Une série d'examens à l'hôpital et tout se passe bien, les choses ne sont pas aussi désastreuses que prévu, on calme les quintes de toux, on soulage l'essoufflement. Le mari se sent mieux, reprend espoir après le choc du diagnostic, et il a raison, parce qu'il est hors de question de se laisser abattre. Et parce que vous êtes fondamentalement croyants, malgré votre indignités, vous adressez des prières insistantes à Dieu et il faut aller de l'avant, même si c'est dur. La vie n'est pas un long fleuve tranquille.

Une chimio, puis une deuxième, et votre mari souffre. Ce gars que vous avez épousé costaud comme un roc devient aussi fragile qu'un petit enfant, constamment essouflé, fatigué, nauséeux, mais c'est un battant qui ne perd pas de temps à se plaindre plus que nécessaire, il est courageux, sans doute plus courageux que vous ne le serez jamais, c'est d'ailleurs une des raisons pour lesquelles vous l'avez épousé. Votre job, en ce moment, c'est de trouver le moyen de lui apporter quelque chose sans lui casser les pieds. Et de trouver un équilibre entre tout ça et votre vie et les enfants et le boulot, ni plus, ni moins. Vous savez où sont vos priorités, et...

Une troisième, une quatrième cure et vous ne le reconnaissez plus du tout. Que faire, que dire? Il ne faut pas qu'il se décourage, c'est un sale moment à passer mais c'est nécessaire, allez, vous savez qu'on peut lui faire confiance et qu'on peut faire confiance en Dieu. Votre mari, tout ex qu'il est, ne peut pas se permettre de baisser les bras, c'est hors de question. Bientôt il pourra respirer mieux. Bientôt il sera en meilleure forme, allez, continue. Un jour à la fois, t'as rien à perdre. Aie confiance...

Et... oui, lentement, ça va mieux. Terminé la chimio: on attend, mais vous êtes tranquille, vous savez que tout ira bien. Votre mari revit enfin: il sort, se promène, retrouve son appétit, son sourire, bravo, le résultat du scanner est excellent, admirable, miraculeux. Sacrée baffe qu'il lui a collée, à son cancer. Vous êtes fière de lui, vous remerciez Dieu les yeux remplis de larmes, c'est une rémission et on s'en tape des pronostics des médecins, on va de l'avant, on va pas se laisser abattre. La vie continue et...

... notre prochaine misson, c'est de tester le restaurant japonais de la rue de la Vierge Noire.

 

27.10.2008

Les paparazzis du samedi

S7301067.JPGChers Lecteurs,

Le deal, c'était une bagarre de photos. Les dés étaient pipés, vous vous en doutez bien. Que peut mon petit Samsung Machin acheté 99 EU hors taxes en vitesse à l'aéroport avant de prendre l'avion pour l'Ukraine, contre le gros machin de Stan - je parle bien entendu de son appareil Olympus Bidule qui a plein de boutons, plein d'accessoires, des objectifs, des flash et tout et tout, et qui se range bien dans un sac approprié, comme les pros quoi.

Johan était là, juge et partie, brandissant un Canon tout gris aussi menaçant que l'appareil de Stan, je me suis sentie très bête durant quelques instants, décidant d'assumer avec humour que le fait que mon jouet à moi, je suis même pas fichue de m'en servir correctement, je n'ai jamais lu l'ennuyeux mode d'emploi et je me trompe toujours avec les boutons... C'est Yuri qui m'a expliqué, il y a quelques mois seulement, quand et comment désactiver le flash...

Mais Stan n'est pas si regardant, il s'ouvre, il est partout. Il se fait discret pour soudain réapparaître où on ne l'attend pas tel un cyclope dont l'objectif géant fait office d'oeil électronique, on le retrouve au-dessus d'une épaule, tout en haut d'un escalier, il prend des photos et il sourit. Faut-il poser, ne pas poser? Très vite, c'est la question qui ne se pose plus, on est à l'aise, on papote, on s'échange des souvenirs de Montois émigrés, on se découvre une année commune en fac de droit (il me semblait bien... que j'avais déjà vu ta tête...), Stan fait le singe, imite le Ropieur, parodie Titanic sur les escaliers futuristes du Musée des Beaux Arts, sourit et raconte. On fait le tour de la ville, on prend des photos à tous vents, c'est à qui visera le mieux, tirera le plus de coups, et c'est à La Perche autour d'une blanche qu'épuisés, nous terminons enfin notre périple.

Une autre surprise reste à venir: la découverte des clichés. Je suis vraiment comme ça moi? Tiens, c'est amusant. Je ne connais de moi que le visage reflété par le miroir le matin, et je fuis habituellement les tentatives que font mes amis de me mettre en boîte: elles me confondent. Mais jouer avec Stan, c'est s'exposer à des surprises, à des angles inhabituels, à des sourires naturels, il faut s'attendre à se redécouvrir et à se regarder autrement.

Vous partagerez prochainement en images nos péripéties montoises sur le blog de Stan: si vous avez un jour besoin d'un photographe, ne cherchez pas trop, contactez-le

Les modestes photos que j'ai pu prendre de mon adversaire se trouvent à gauche de votre écran, dans l'album des Paparazzis du samedi :-)  

18.10.2008

On parlait de droit de mourir dans la dignité?

Etats-Unis | Source : CPDH | Lu 1564 fois | 61 votes
Un résident de l'Oregon s'est vu notifier par courrier le refus de la Caisse d'assurance maladie de lui rembourser ses dépenses de chimiothérapie. Il lui a, en revanche, été proposé de se faire euthanasier au frais de cet Etat fédéré.

L'administré est un malade de 53 ans, atteint d'un cancer avancé de la prostate. Ne disposant pas de mutuelle, il pensait bénéficier du plan d'assurance maladie de l'Etat. Mais les services administratifs de son comté l'ont informé du refus de prendre en charge une chimiothérapie trop onéreuse par rapport au sursis qu'elle permettrait.

D'autres malades du cancer ont reçu le même courrier qui se réfère aux directives prises en applications d'une loi(1) disposant qu'il faut avoir plus de 5% de chances de vivre encore au moins 5 ans. Ainsi une résidente atteinte d'un cancer du poumon avait appris qu'elle bénéficierait d'une couverture médicale concernant les soins et le confort si elle... choisissait le suicide assisté. En effet, quelques traitements ne sont pas remboursés alors que l'euthanasie qui est prise en charge par les caisses d'assurance maladie. Heureusement pour cette femme, une compagnie pharmaceutique lui a promis des médicaments gratuits.

Selon un avocat et auteur californien, ce système est hypocrite et ces propositions s'inscrivent dans la théorie des soins futiles qui trouve ses racines dans une prétendue compassion.

La loi dont procèdent ces directives est une loi issue d'un processus d'initiative populaire. En Oregon, les citoyens peuvent proposer des referenda et, en 1994, l'Oregon est devenu la première zone autorisant le suicide médicalement assisté, dans le monde(1)

Pourtant, cette loi se présentait comme équilibrée, laissant la liberté à chacun et encadrant strictement l'assistance au suicide. Ainsi, dans le cas où la lucidité d'un patient qui demande la mort est mise en doute, sa demande doit être examinée par un psychologue ou un psychiatre. Ces cas d'actualités sont pourtant bien loin de ce prétendu esprit de compassion et de contrôle : des malades qui ne veulent pas mourir sont enjoints d'en finir avec la vie. Certes ils peuvent refuser, mais alors leurs soins lourds et coûteux ne sont pas remboursés. Cela peut inciter un assuré à préférer la mort au bout d'un certain temps.

C'est bien là le problème du vote des lois sous le coup de l'émotion, notamment en matière de vie et de mort. La médiatisation de certaines souffrances amène les citoyens à conjurer la maladie en supprimant le malade par prétendue charité. Cette nouvelle « ère des bons sentiments » n'a rien à voir avec celle, prospère, du Président Monroe : il s'agit cette fois-ci d'une bonté qui cache en réalité de l'indifférence et de l'égoïsme. Une prétendue bonté qui sous-tendue par une vue réduisant la vie humaine à un état de confort plus ou moins acceptable amène à une décadence de plus en plus marquée. Ainsi, la vie n'a plus qu'une valeur marchande et le malade est prié de ne pas faire preuve d'égoïsme en refusant de mourir. Il lui est proposé, comble du cynisme, de mourir dans un certain confort remboursé par l'assurance maladie. Autrement dit, tout serait fait pour son bien et lui faciliter la mort. Cette précision semble servir à « humaniser » le meurtre et à délégitimer le refus du suicide assisté.

Il y a là une idéologie effrayante qui veut que l'individu, se résume à un consommateur matérialiste, et dont la conséquence est que le citoyen a des devoirs comptables envers sa cité. Si le sacrifice de sa vie pour défendre sa nation est respectable et admirable, se suicider pour ne pas être une bouche en trop pour la société est autre chose.

Les promoteurs de l'euthanasie aux Etats-Unis s'appuient sur deux points juridiques bien douteux : l'égalité des citoyens et leur liberté (2) issus d'une interprétation large des, respectivement, XVe, Ve et XIVe amendements. Selon eux, les malades incapables de se suicider ne sont pas dans une situation d'égalité avec ceux qui peuvent se supprimer. Mais la Cour suprême fédérale a cassé les arrêts de cour de l'Etat de New York et de celui d'une cour d'appel fédérale qui retenaient notamment ces arguments, par deux décisions, respectivement Vacco v. Quill et Washington v. Glucksberg. Ce n'est pas le rôle de l'Etat d'administrer ou d'autoriser l'euthanasie soi-disant pour compenser les inégalités. Si l'Etat ne réprime pas le suicide, il ne peut en revanche l'encourager. Sa mission est la préservation de la société et non sa suppression. Ouvrir la porte mènerait à autoriser dans tous les états fédérés ce qui se passe en Oregon : de facultatif, l'euthanasie deviendrait, dans de plus en plus de cas, quasiment obligatoire.

Néanmoins les promoteurs de l'euthanasie ne désarment pas, notamment dans les Etat Est et Ouest (Vermont, Maine, Californie) qui sont plus libéraux (sans compter Hawaii et le Michigan). On l'a vu dans le cas de celui de Terry Schiavo, cette femme dans le coma, euthanasiée sans l'avoir demandé. Les techniques sont les mêmes qu'en France et dans les autres pays occidentaux : surmédiatisation, manipulation des émotions et déformation de la vérité.

L'Oregon a été le théâtre de la fameuse chasse aux sorcières menée à Salem au XVIIe siècle. L'Etat deviendrait-il aujourd'hui celui de la chasse aux malades ? Pour faire écho à une étude menée dans 70 universités et qui révèle un assez fort pourcentage de tentatives de suicide, faut-il craindre un jour l'euthanasie des étudiants en Oregon qui souffriraient de pensées de suicide au motif que cela serait plus confortable pour eux ? Tout cela au nom d'une prétendue compassion...

Jean Degert

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