24.01.2009
Obama, c'est ça.
Chers Lecteurs,
Comme beaucoup d'entre nous, vous pensez qu'Obama, c'est un chouette gars. C'est vrai, il sourit pas mal, il a l'air sympa, sûr de lui, on l'a vu torse nu cet été en vacances sur la plage et ça donnait plutôt bien. Et puis, vous me direz, après Dobelyou, on aurait accueilli avec un tapis rouge le Prince Philippe Soi-Même (Neuneu pour les intimes), débarquant de son hélicoptère qu'il pilote en personne, comme Messie en République Populaire des Etats-Unis. Alors, on est super contents d'avoir à faire à Obama qui, puisqu'il est Noir, va laver encore plus blanc les ignominies de Bush Junior, et en plus, réduire les inégalités, relancer l'économie, instaurer un système de santé digne de ce nom, faire la paix avec tout le monde, redémocratiser le tout, Yes he can.
Moi aussi j'ai pensé ça. Tellement fort que je me suis dit: "Si il commence à révolutionner tout ça, il y a plein de gens qui seront pas d'accord et il va se faire buter (et on en profitera pour renforcer les lois sécuritaires)". Sauf que j'ai vite changé d'avis.
Parce que ce qui saute aux yeux, au fil de cette campagne électorale titanesque et hyper-médiatisée, c'est que...
... qu'on soit Démocrate ou Républicain, ce sont des patrons (comprenez: des banques, des établissements financiers, des multinationales, bref, des gros vilains capitalistes) qui financent l'impression des tracts électoraux et des spots télévisés de Messieurs (et Madame) les candidats.
Les Etazuniens, après une indigestion corsée de soupe républicaine (dont ils avaient pourtant demandé une deuxième louche) allaient forcément voter pour l'autre camp, même si Neuneu en avait été le candidat, au risque de se colletiner Mathilde portant les vieilles robes de Fabiola comme première dame. Les investisseurs ont donc suivi la tendance, et si l'on en croit les chiffres émis par le Center for Responsive Politics, ils ont sponsorisé le bon cheval. Ce sont eux, Chers Lecteurs, qui ont opéré le véritable choix en dotant Obama de plusieurs millions de dollars d'avance sur Mc Cain pour financer sa campagne, et la manipulation est encore plus flagrante encore cette fois car...
... le poulain s'est empressé de les remercier en soutenant le plan de sauvetage financier concocté par le gouvernement Bush qui, indifférent au sort des citoyens américains souffrant des désastres climatiques (Katrina) ou économiques (sub-primes) a généreusement ponctionné 700 milliards de dollars de fonds publics (= l'argent de ces mêmes citoyens) pour renflouer les banques.
Obama a fait son boulot, les patrons (comprenez: les banques, les institutions financières...) ont fait le bon choix. C'était couru d'avance: imaginez que Barak ait dit: "Hé, les gars, votre système économique foireux c'est évident que ça craint, ça laisse des millions de gens dans la rue, moi je veux pas jouer à ça, je préfère investir dans le social et dans l'emploi", vous pensez qu'ils auraient été contents les sponsors? Ca aurait été bien pire que si Tia Hellebaut avait déclaré publiquement que Pizza Hut, c'est de la m....
Mais??? Puisqu'il a donné tous les sous du Trésor public déjà bien dans le rouge aux actionnaires (dont l'indice de moralité laisse visiblement à désirer), où trouvera-t-il les moyens de tenir ses promesses électorales? Parce que, si je me souviens bien, il devait s'attaquer à la pauvreté, instaurer un système de soins de santé, rétablir les bases de la démocratie et plein d'autres trucs. Sont-ce donc les patrons (vous savez qui c'est) qui l'aideront pour ce faire? Hum. J'ai des doutes. Ces derniers agissent en patron et il n'y a aucune raison pour qu'ils changent de nature: ils sont là pour faire du profit, pas du bénévolat. Surtout qu'en plus, c'est la crise...
Mais qui sait? Peut-être qu'il prévoit l'organisation d'un Téléton. Peut-être qu'il va prendre des promesses de dons, assis à son bureau ovale, en direct sur CNN. Peut-être que l'Arabie Séoudite et le Qatar vont lui filer des sous pour que l'américain moyen puisse encore leur acheter du pétrole. Peut-être que les Congolais leur enverront des médecins dans le cadre d'une mission humanitaire. Peut-être que Neuneu (on y revient) devra quand même aller à Washington pour trouver des accords économiques pendant que Mathilde ira visiter les victimes de Katrina ou les gens qui dorment toujours dehors parce qu'ils n'ont plus les moyens de payer leur crédit hypothécaire.
Et puis, ce que j'ai lu aujourd'hui ne me rassure qu'à moitié
Tout d'abord, Obama décide de fermer Gantanamo. Bien. Mais... le Los Angeles Times nous informe que "le décret de fermeture de Guantanamo marque la préférence de Barack Obama pour le jugement des détenus par des tribunaux civils ou des cours martiales soumises au code unifié de justice militaire. Mais il n'exclut pas pour autant le recours au système actuel, déplorable, des commissions militaires (avec l'introduction probable de nouvelles procédures). " (traduit par le Courrier International)
En gros, le problème d'une justice parallèle (et donc complètement anti-démocratique) n'est non seulement pas résolu, mais va être réformé !
Un peu plus loin dans l'article, on peut lire que: Même ambivalence dans le décret portant sur les interrogatoires. Il exige, à juste titre, des agents de la CIA menant les interrogatoires qu'ils respectent le manuel pratique de l'armée qui interdit le recours à la force physique, le waterboarding (simulation de noyade), le placement prolongé à l'isolement, le cagoulage des prisonniers et l'utilisation de chiens pour les intimider. Cependant, le décret semble aussi laisser la possibilité au gouvernement de changer d'avis. Il porte ainsi création d'un groupe spécial en charge d'examiner les directives du manuel de l'armée pour "déterminer si des orientations distinctes ou additionnelles sont nécessaires pour la CIA" – or il n'y en a nul besoin.
Ca veut dire quoi, des orientations distinctes ou additionnelles? Qu'on pourra quand même peut-être torturer, mais seulement pendant les heures de bureau? Ou seulement par des agents conventionnés?
Attendez, c'est pas tout.
Vous savez ce qu'il a déclaré, ce Dennis Blair, le tout nouveau patron du renseignement américain fraîchement nommé par le Sénat? Que la torture était immorale, inefficace et blablabla (ça vaut ce que ça vaut en regard du décret signé par Obama), mais aussi qu'il allait espionner l'Europe.
Dennis est plus particulièrement préoccupé par nos relations avec la Russie, il veut garder un oeil sur la façon dont on va gérer les problèmes gaziers, voir comment les deux grands démocrates pratiquants que sont Sarkozy et Medvedev vont organiser le système de sécurité (militaire) européen dans le giron de l'OSCE, comment l'Europe va gérer les candidatures ukrainiennes et géorgiennes à l'OTAN... Tout ça, évidemment, pour aider les décideurs locaux à prendre les bonnes décisions - comprenez: celles qui vont dans le sens des intérêts américains.
Dennis a également prévu de distinguer, parmi les leaders européens politiques et privés, ceux qui se montreront motivés pour travailler au bien commun (traduisez à nouveau: aux intérêts américains) Le lobbying a encore de beaux jours devant lui.
Vous pensez que j'exagère ou que j'en rajoute une couche. Hélas non. Le texte de l'audition du nouveau patron des renseignements américains se trouve ici, consultez-le vous-mêmes.
Rien de bien étrange à cela me direz-vous, il officialise un état de fait. Mais c'est ce qui est inquiétant, c'est qu'il le revendique comme quelque chose de tout à fait naturel et nécessaire. Qui s'insurgera?
Dormez tranquilles, braves gens. La démocratie continue à mourir pendant qu'on regarde des séries à la télé. Sauf que la vie, c'est pas une série télé, et ça ne se finit pas toujours bien.
Après tout, j'aurais préféré Neuneu à la tête des US. Avec Karel de Gucht comme Premier.
01:21 Publié dans Pauvre monde | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : usa, elections, barak obama, sécurité, espionnage, démocratie
20.01.2009
L'hypocrisie arabe ambiante
Chers Lecteurs,
Alors que tout le monde crie son indignation contre Israel, pendant que je crie mon incompréhension face à la démesure que prennent ces événements et les crises d'antisémitisme aigüe qui grèvent actuellement l'Europe, il faut que je vous soumette cet article écrit par le courageux Youssef Bazzi, journaliste pour le quotidien libanais Al-Mustaqbal. Traduit dans le Courrier International.
L'information : une poignée de blessés est évacuée de la bande de Gaza afin de recevoir des soins en Libye. Moi, je me souviens des milliers de Palestiniens qui croupissent dans le Sahara, à la frontière égyptienne, depuis que le colonel Muammar Kadhafi les a expulsés [en 1995].
La scène : le président soudanais en uniforme parle à ses généraux pour dire que la mort de centaines de Palestiniens constitue "un génocide". Moi, je me souviens d'un génocide qui a lieu au Darfour.
La nouvelle : en Irak, le mouvement de Moqtada Al-Sadr [radical chiite] organise des manifestations de soutien à Gaza. Moi, je me souviens du sang que les milices sadristes ont fait couler et des milliers de réfugiés palestiniens qui ont dû quitter Bagdad et qui campent dans le désert à la frontière syrienne ou jordanienne en attendant que quelqu'un veuille bien les accueillir.
La surprise : Ayman Al-Zawahiri [le numéro deux d'Al-Qaida] dénonce le bombardement de civils. Moi, je me souviens de la "résistance" irakienne qui, le même jour, envoie une kamikaze se faire exploser au milieu d'une manifestation de soutien aux Palestiniens à Mossoul, faisant des dizaines de victimes.
L'annonce : des groupes gauchistes et islamistes de l'opposition égyptienne manifestent contre l'offensive israélienne. Moi, je me souviens de leur silence face aux crimes commis au Soudan et de leurs cris de soutien à Saddam Hussein, l'ancien président irakien pour qui le chemin de Jérusalem passait par le massacre de centaines de milliers de ses propres citoyens.
La publicité : la chaîne satellitaire du Qatar Al-Jazira diffuse une campagne contre l'impuissance des régimes arabes. Moi, je me souviens des bombes qui transitaient par le Qatar avant d'être acheminées vers Israël au moment de la guerre contre le Liban en 2006. Qu'à cela ne tienne, le Qatar a été le seul pays arabe qui a eu droit à des affiches placardées par le Hezbollah en remerciement pour ses généreux dons d'argent. Je me souviens que le Qatar abrite la principale base militaire américaine du Golfe et héberge un représentant des intérêts économiques israéliens [cette représentation vient d'être gelée].
La surprise : le régime syrien autorise des manifestations… contre la passivité des autres régimes arabes. Moi, je me souviens du calme qui règne aux frontières de ce pays "du front du refus" et au sort de tous ceux qui s'aventureraient à les traverser afin de s'infiltrer en Israël. Je me souviens de la chasse que Damas faisait dans les années 1970 et 1980 pour combattre l'Organisation de libération de la Palestine (OLP).
L'image : Khaled Mechaal, le chef extérieur du Hamas – installé à Damas et non pas sous les bombes à Gaza – déclare : "Nous avons limité nos pertes." Il ne parle que des pertes dans les rangs du Hamas, réduisant les centaines de morts et les milliers de blessés à une variable d'ajustement.
Israël promet à ses citoyens la tranquillité, fût-ce au prix de rayer Gaza de la carte. Quant au Hamas, il promet à ses citoyens la mort prochaine, fût-ce au prix du tir d'une misérable roquette. Quelle belle stratégie, grisante et prometteuse ! Elle permet au Hamas d'annoncer la "victoire" quels que soient les résultats de la guerre et quel que soit le nombre de victimes. Une victoire incontestable. Car comment ne pas être désarmé face à celui qui défend l'idée selon laquelle on détruit Israël en lançant des roquettes alors qu'on sait que les représailles provoqueront la mort de centaines d'enfants palestiniens ?
Ce que nous avons appris encore et encore, c'est que chaque fois qu'on a encensé la résistance, on a récolté une guerre civile. Les Arabes en général et les Palestiniens en particulier sont fatigués par soixante années de conflit. Il en va de même pour les Israéliens. Pour les adeptes de la résistance, la fatigue relève de la "défection" du côté arabe, et de la "faiblesse" du côté israélien. Ils veulent relancer le conflit et lui insuffler une nouvelle vigueur. Mais dans quel but ? La seule chose qui nous semble acquise, ce sont ces "victoires divines" qui se traduisent par des guerres civiles, des invasions américaines, des raids israéliens.
19:00 Publié dans Pauvre monde | Lien permanent | Commentaires (8) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : gaza, israel, hamas, juifs, arabes, irak
04.01.2009
Gaza encore et toujours !
Chers Lecteurs,
Reprenons. A la veille de conclure enfin des accords de paix définitif, alors que la situation économique et politique était stable en territoire palestinien, Yasser Arafat a encouragé ses troupes à aller jouer à l'Intifada sous prétexte de visite de Sharon à l'esplanade des Mosquées, c'était en 2000.
Depuis, la situation des Palestiniens n'a cessé de se dégrader. On enterre Arafat en héros en 2004, sans trop s'inquiéter de savoir comment il a pu planquer autant de millions de dollars un peu partout dont en Suisse alors que son peuple crevait de faim (officiellement à cause des méchants sionistes.) Soit. Madame sa veuve pourra toujours faire du shopping sur les Champs-Elysées avec l'argent détourné par ce pseudo-héros corrompu, combattant mort sans gloire dans son lit à un âge qu'est loin d'atteindre le Palestinien moyen.
Les années passent, rien de nouveau sous le soleil. C'est le Hamas qui, à présent, balance des pruneaux sur Israel, encore et encore. Pas bien "méchant", quelques blessés par-ci, un mort par-là, anecdotique par rapport au désastre humanitaire qui a lieu dans la bande de Gaza, mais évidemment, tout ça c'est la faute d'Israel voyons. Je me suis demandé comment réagiraient les Français si les Montois ou les Carolos, pour une raison quelconque, envoyaient régulièrement des roquettes sur Lille ou Valenciennes. Je pense qu'on aurait droit à une occupation française en bonne et due forme pour calmer nos ardeurs, et tout le monde trouverait ça normal. Mais voilà, il semble que parce qu'il s'agit d'Israel, ça ne soit pas normal.
Le Hamas planifie des attentats suicide sur le territoire israélien et s'en vante, mais il est injuste aux yeux du citoyen occidental lambda d'instaurer des check-points aux frontières pour vérifier que les passants ne portent pas de bombes.
Il y avait une manif de soutien aux Palestiniens à la Bourse il y a quelques jours. Les vitrines des innocents commerçants des alentours s'en souviennent.
Et pendant ce temps-là, la Chine occupe et opprime le Tibet dans l'indifférence générale. On se souvient de la dignité d'un Dalai-Lama... loin des vociférations haineuses de ces encagoulés armés. On se souvient de la persévérance pacifiste d'un Nelson Mandela.
A propos de vociférations haineuses, voici quelques perles trouvées sur le forum Mejliss.com qui se veut la voix de l'Islam francophone - L'Islam une religion de paix et de tolérance? Edifiante, leur ouverture au dialogue. Mouais. On reconnaît l'arbre à ses fruits... On est pas prêts de voir les Palestiniens vivre en paix avec Israel...
(Mise à jour 06/01/2009: les manifestants "pas si fistes que ça" ont pillé en France aussi...)
La manifestation parisienne a réuni samedi à Paris entre 21.000 et 25.000 personnes et, après sa dispersion, 200 à 300 casseurs se sont affrontés avec les forces de l'ordre. Boulevard Haussmann, plus d'une dizaine de voitures ont été retournées et certaines brûlées, des vitrines cassées, notamment celles d'un magasin Damart, d'un magasin Bouygues Telecom et d'une cabine téléphonique, et des commerces vandalisés.
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| Des dizaines de morts (Israeliens) SALAM Nazal déclare sur la chaine d'Al jazeera que les combattants de Hamas ont tué et blessé des soldats israelien. . |
Sur ces bonnes paroles pleine d'amour et de tolérance, Inch Allah, comme disait l'autre !
Voici un autre appel à manifester pour la paix, un appel de plus qui sera probablement ignoré du grand public et des médias parce qu'il ne vient pas du bord politiquement correct:
Le Comité de Coordination des Organisations Juives de Belgique (CCOJB) appelle à manifester pour une vraie paix au Proche-Orient devant l'ambassade de la République islamique d'Iran à Bruxelles, mercredi 7 janvier 2009 à 17h30.
Le CCOJB est solidaire de l'Etat d'Israël qui mène le combat contre les ennemis de la paix et de la coexistence pacifique entre les peuples de la région.
Le CCOJB entend à travers cette manifestation rappeler que la sécurité des Israéliens et l'ambition légitime des Palestiniens à avoir un Etat pacifique et démocratique aux côtés de l'Etat d'Israël ont les mêmes ennemis: le régime iranien et son bras armé à Gaza, le Hamas.
Joël Rubinfeld
Président
Date 7 janvier 2009, 17h30
Lieu Ambassade de la République islamique d'Iran
Adresse 15 avenue Franklin Roosevelt, 1050 Bruxelles
Infos info@ccojb.be
14:38 Publié dans Pauvre monde | Lien permanent | Commentaires (5) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
03.01.2009
Une journée en enfer
Qu'est-ce qui pousse les gens comme moi à explorer les zones d'ombre? Pourquoi privilégier une promenade dans les quartiers pauvres de Bucharest ou de Ternopil alors qu'il est si facile de s'évader à Biarritz ou à Torremolinos? Bonne question, Chers Lecteurs. On répondra, entre autres, qu'il est parfois nécessaire de prendre une grande baffe dans la figure pour nous aider à relativiser la réalité. Pas l'oublier sur une plage, non. Juste mettre ce qu'on vit en compétition avec la réalité de millions d'autres hommes, femmes et enfants dont personne ne parle jamais, histoire de se souvenir qu'on a beaucoup de chance d'être nés ici et maintenant.
Et les choses s'enchaînent. On projette de se rendre à Kiev pour un salon professionnel, on se rend compte que Tchernobyl n'est qu'à 100 kilomètres, on se dit: "What if...?". On se débrouille pour obtenir les autorisations nécessaires pour visiter la zone interdite et c'est ainsi qu'on se retrouve dans un vieux van Volkswagen harnachés d'un guide, d'un chauffeur et d'un militaire qui veillera à notre sécurité sur place.
Nous quittons Kiev vers 9h00 ce samedi matin. C'est l'hiver: la route est enneigée et chaotique. Dans le van, les conversations vont bon train. Viktor me dit qu'un jeu vidéo célèbre (Stalker) avait pour décor Pripyat, la ville fantôme située à 7 kilomètres de Tchernobyl, et il semble excité à l'idée de se faire photographier sur les lieux où oeuvre le héros douteux de cette aventure virtuelle. Je trouve ça indécent, un peu comme si il était normal de mettre Auswitz ou Bhopal en scène pour se divertir. Faut-il vraiment que les événements les plus graves, que ces lieux de souffrance soient détournés de leur sens à seule fin de s'amuser? Inutile d'entrer dans ce genre de discussion: notre monde est insensé et plus rien n'inversera le cours des choses.
Progressivement, la circulation se fait moins dense. Nos discussions s'éteignent au fur et à mesure que nous approchons du chekpoint: nous regardons à travers les fenêtres embuées du van et la morosité du paysage nous rappelle, si nous l'avions oublié, que nous nous rendons sur les lieux du plus grand désastre nucléaire de tous les temps. Sur un lieu de mort.
Plus personne ne nous suit, plus personne ne nous croise, l'air devient de plus en plus pesant. Je me demande pendant quelques minutes si j'ai eu raison d'entreprendre ce périple, si je vais pas rentrer à la maison chauve ou fluorescente, ou avec un cancer ou pire. Mais je me souviens que je veux voir, que je veux savoir, sentir, éprouver. Peut-être, comprendre le sort de ces millions d'être humains brisés dans la plus grande indifférence et négligence de leurs et de nos gouvernements. Leurs maladies et leur mort, leurs enfants difformes noyés dans le formol des mensonges ministériels rassurants. Prétentieuse que je suis! Comment appréhender un tel drame? Et puis, les risques sont-ils si importants?
Pas le temps de s'interroger plus avant: le van s'arrête, nous sommes à Ditiatki, aux limites de l'enfer. Dimitri, le jeune soldat qui nous encadre, ouvre les portes et nous sortons nous dégourdir les jambes et fumer une clope pendant qu'il présente nos passeports aux gardes du check-point. Vérification de nos identités. Deux panneaux rédigés en russe et en anglais nous avertissent du danger encouru par les téméraires qui franchissent la ligne de démarcation. La statue d'une "Sainte Vierge" fleurie, insolite dans ce pays orthodoxe habitué aux icônes, fait face à ces avertissements, comme pour nous inviter à lui demander une protection dérisoire.
Dimitri revient avec quelques formulaires, il faut les signer. On les décharge de toute responsabilité. On ne touchera à rien, on n'emportera rien, on ne mangera pas et on ne fumera pas dans la zone d'exclusion. Quelques autres conditions que je ne lis pas: c'est vraiment trop tard pour faire la fine bouche... Retour dans le van, la barrière s'ouvre. On peut y aller: on roule. De temps à autres, le chauffeur descend prendre quelques photos, lorsqu'un panneau indique par exemple, qu'ici, un village de 1400 habitants a été rasé et enterré et qu'il n'est pas recommandé de se promener sur les restes.
Moi: C'est la première fois qu'il vient ici?
Dimitri: Non, mais on lui a demandé de prendre des photos
Moi: Qui donc?
Dimitri: Un magazine. Les photographes ne veulent pas venir ici.
Surprisément (néologisme de mon cru), la route de Tchernobyl est parsemée de pipe-lines à ciel ouvert qui enjambent les routes sans aucune gêne. Pour une raison quelconque, les Soviétiques n'ont pas jugé bon d'enterrer ces tuyaux destinés à la distribution d'eau chaude, transformant ainsi la ville en terrain de croquet pour géants. Dans le van, on papote de nouveau. Dimitri nous demande de ne pas marcher dans l'herbe ou dans la mousse: il y a plein de radioactivité là-dedans. Rester sur le macadam. Aucun d'entre nous ne suivra son conseil: dès la prochaine halte, près du terrain de football, je m'enfonce dans la flore pour accéder à ces petites maisons abandonnées, que la neige d'automne rend encore plus solitaires. Je pénètre dans l'une d'elles: une table renversée et quelques chaises témoignent de la vie qui habitait ces murs il y a 23 ans. On nous a dit de ne rien toucher: je me contente donc de photographier au petit bonheur de ma caméra numérique bon marché, je filme un peu aussi, et j'entends Dimitri claxonner: il est déjà temps de repartir.
Plus loin, c'est avec le réacteur numéro 4 de la Centrale Lénine que nous faisons connaissance. Sous son sarcophage, des tonnes d'uranium attendent d'exploser, le sait-on? Dimitri nous démontre par dosimètre interposé qu'on est en train d'absorber une sacrée dose de Césium 137. Il nous dit qu'il y a aussi plein d'autres types de radiations ici, qu'on peut pas mesurer. Apparement tout le monde s'en fiche et moi aussi. De toutes façons, on en prend 3 fois plus un peu plus loin, autour de ce qui reste de la Red Forest, sur les vestiges d'une forêt dont tous les arbres sont devenus rouges suite au désastre. Les Soviétiques trouvaient pas ça joli: tout a été rasé et enterré.
C'est à Pripyat, la ville fantôme, que nous terminons notre périple. Les buildings sont dans un état très correct, on se dit que tout pourrait rentrer dans l'ordre avec un bon coup de peinture et bon nettoyage, mais le silence écrasant, cet arbre difforme, le moteur disparu de la grande roue du parc d'attraction nous rappellent que rien ne pourra jamais assainir cet endroit et que plus jamais on ne verra d'enfants jouer sur la place. Désolation. Désespoir. (Mais qui a bien pu piquer le moteur contaminé de la grande roue??) J'entre dans un magasin abandonné au pied d'un immeuble vide, quelques baignoires, des machines à coudre, des livres jonchent le sol. Dimitri nous rappelle: "Ne touchez à rien". Sur un violoncelle défoncé, un 33 tours nous propose une "Music Therapy", hors du temps.
Des fous dangereux continuent à nous bassiner avec l'idée que le nucléaire est propre et sans danger. Vraiment? Petit contrôle des radiations à la sortie de la zone: c'est bon, on peut passer. Je ne peux m'empêcher de m'exclamer:
- Et si ça avait pas été bon?
Dimitri me répond:
- Il aurait fallu passer deux ou trois jours en observation à l'hôpital.
Nous quittons la zone avec toute la nostalgie que l'endroit nous a transmis.
600.000 personnes sont décédées des suites de l'explosion du réacteur numéro 4. Des dizaines de milliers d'autres sont atteintes de cancers ou de handicaps plus ou moins graves dans la désinformation la plus totale. Les photos sont dans l'album adéquat à droite de cet article. Vous trouverez ci-dessous mon (très) modeste film de la zone, mais il faut absolument que vous en voyiez d'autres beaucoup plus instructifs et intéressants, comme celui-ci ou celui-là (il y a 5 épisodes, il faut les chercher un par un) ou mieux encore, visionnez tout ce que Google Video ou Youtube vous montreront avec le mot clef Tchernobyl. Vous comprendrez à quel point notre vie n'a pendu qu'a un fil pendant quelques jours, et à quel point on la doit au sacrifice (forcé) des liquidateurs.
"Faits divers":
"Plus tard, j'appris que l'expression «compter les vies» avait acquis les jours précédents une signification particulière. Durant les séances que la Commission gouvernementale tenait le soir et le matin, alors que l'on débattait de telle ou telle décision à prendre, par exemple, ramasser le combustible ou le graphite du réacteur derrière le réacteur accidenté, pénétrer dans la zone de haute activité pour rouvrir ou refermer telle ou telle vanne, Silaïev, président de la Commission gouvernementale, vice-président du Conseil des ministres de l'URSS disait: «Pour ça, il faut compter deux ou trois vies, et pour ça une vie»..." G. Medvedev.
Visitant l'hôpital de Kiev vers la fin d'avril 89, la biologiste Rosalie Bertell a appris "que sur 1000 femmes des environs de Tchernobyl, enceintes au moment de l'accident, seulement 65 auraient accouché et, sur les 65 enfants nés, seulement 37 auraient survécu." (Témoignage de Pierre Lehmann, "Retour de Tchernobyl", SEDE SA).
Le point final concluant les enseignements de Tchernobyl peut se trouver dans Le Monde du 28 août 1986 citant M. Rosen, le directeur de la sûreté nucléaire de l'AIEA, qui déclare à la conférence de Vienne d'août 1986 : "Même s'il y avait un accident de ce type tous les ans, je considérerais le nucléaire comme une source d'énergie intéressante. "
Cliquez sur "lire la suite" pour d'autres vidéos.
A visiter de toutes façons: http://www.dissident-media.org/infonucleaire/special_tche...
14:55 Publié dans Pauvre monde, Voyages | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : tchernobyl, centrale nucléaire, réacteur n°4, prypiat




