10.12.2009
Pauvre Stib - Mais il est où Whalid?
Chers Lecteurs,
Lundi après-midi, à la station Hankar, une gentille petite dame reste perplexe devant l'affreux arrangement de portails automatiques récemment installé dans le hall d'entrée.
Sa carte de métro en main, hésitante, elle avance à petit pas vers ces engins inspirés directement de la guillotine (t'as pas ton ticket j'te coupe en deux !) et je m'apprêtais à lui expliquer que c'était juste laid mais pas méchant et qu'elle pouvait passer et pointer sans risques (quoi que...), lorsqu'elle a interpellé un des six bonshommes en gris qui font le pied de grue de l'autre côté de la nouvelle barrière électronique, en haut des escalators, pour vérifier si vous avez bien validé votre ticket avant de pénétrer dans le sanctuaire...
La petite Madame (toute polie): "Monsieur ! S'il vous plait! Je dois passer par où?"
L'homme en gris (crâneur, avec un rictus condescendant): "Hé ! Vous prenez jamais le métro?"
La petite Madame (intimidée): "Si, mais excusez-moi, ça fait un petit moment que je ne suis plus venue ici..."
L'homme en gris (désignant la porte automatique la plus proche): "Vous passez ici, et vous validez votre carte là"
La petite Madame (impressionnée): "Merci... je ne connaissais pas... c'est quoi tout ça?"
L'homme en gris (carnassier du dimanche, tout imprégné de l'importance de sa fonction, désignant du menton l'engin infernal): "Ah ! c'est pour lutter contre les fraudeurs ! (ricannant, avec une pointe d'héroïsme) Ca ! Nous on lutte contre les fraudeurs !"
Il part rejoindre ses collègues d'un pas nonchalant, je l'ai fusillé du regard mais il ne l'a pas remarqué. Moi ce qui me plairait, c'est qu'on lutte contre eux, ces fainéants qui ne font que papoter par demi-douzaines entre deux rames de métro, qui vont griller des clopes, ou qui font des commentaires sur les gens qui passent... en attendant que s'arrête le train suivant. Ils encerclent alors courageusement les issues en surface, et, revêtus de l'autorité conférée par l'inscription "Ticket Inspection" écrite en grand sur leur blouson, ils vérifient consciencieusement si chaque voyageur a bien déboursé de quoi payer sa course. Et de quoi payer leur salaire, aussi.
Les amendes sont salées, il en faut, des sous pour financer leur présence. Je ne peux m'empêcher de me souvenir de ce que Radio Stib diffusait sur ses ondes il y a quelques semaines, d'une voix suave: "Nous vous rappelons que la mendicité est interdite dans l'enceinte du métro... nous vous demandons de ne pas l'encourager..." quelque chose du genre. On avait même prévu de raccompagner les SDF jusqu'à la sortie, dans le froid de l'hiver... Ils font tache, voyez-vous... Cachez ces mendiants que nous ne saurions voir et remplaçons-les donc par des rapaces autorisés, vêtus comme des fossoyeurs, mendiant légalement de quoi payer leurs bavardages et leurs clopes grillées entre deux arrivées de voyageurs. Ca oui ! Faut lutter contre les dangereux fraudeurs, contre les mendiants puants, non mais !!!
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Hier, Simonis, 18h30.
Une autre bande de nuisibles pénètre dans le wagon où je me suis installée. A vue de nez, ceux-ci ont entre 14 et 17 ans. Je n'ai aucun doute sur le fait qu'ils disposent d'un titre de transport en bonne et dûe forme, style abonnement scolaire remboursé à 50% par la Communauté Française. A cet âge là, on est toujours scolarisé n'est-ce pas?
Ces jeunes n'empruntent pas les transports en commun pour se déplacer d'un point à l'autre, mais pour embêter les autres usagers: par exemple en ouvrant toutes les fenêtres, en fumant un joint, ou en nous faisant profiter des sons pourris qui sortent à plein tube de leur coûteux GMS - là vous avez intérêt à aimer le Rai / le Rap / le RnB (biffer la mention inutile) si vous ne voulez pas vous sentir incommodé.
Ceux qui ont empoisonné ma rame de métro hier portaient tous des jean's et des casquettes (uniformes modernes, signes d'appartenance à une bande quelconque). Ils n'ont pas transformé le compartiment en discothèque mais dès que la sonnerie des portes a retenti, un de ces dadais nocifs en a bloqué la fermeture de son pied. Son pote s'est écrié:
- "Hé ! Appelle Whalid ! APPELLE WHALID !"
(gloussements incontrôlés des trois ou quatre autres agités du bulbe qui les accompagnent)
- "Passe-moi ton GSM ! Passe-moi ton GSM !!"
- "Hé TA GUEULE, putain connard !"
(quelques baffes et coups de pieds amicaux entre potes, nouveaux gloussements - ils se déplacent à grand pas dans le compartiment)
Deuxième sonnerie, les portes essayent vainement de se fermer. Le grand dadais qui bloque le tout de son pied roule ses mécaniques, agressif et provocateur:
- "Hé moi j'm'en fous, j'attends mon pote !"
- "Hé ! IL EST OU WHALID?"
- "APPELLE-LE J'TE DIS !"
- "Hé, Fils de PUTE !"
Les jeunes débiles méchants donnent des coups dans les vitres, moitié hilares, moitié menaçants. Deux d'entre eux semblent concentrés sur le téléphone portable d'un troisième... ils essayent sans doute toujours de joindre Whalid? Pourvu qu'on le trouve... il serait temps que le métro parte maintenant.
Troisième tentative de fermeture de portes. Cette fois c'est à coup de pied que le dadais les maintient ouvertes. Ricanements, gloussements, grossièretés. Je regarde ces êtres pitoyables avec effarement: des aussi cons, j'en avais encore jamais vus. Leur mère ne leur a donc jamais appris à respecter le bien public et la tranquilité d'autrui? Leur père ne leur a donc jamais collé une baffe quand il fallait?
- "Putain, fait chier"
Enfin les portes se ferment, mais pas tout à fait: on aperçoit une fente dans le joint massacré à coups de pieds du ballot qui faisait de la résistance.
La rame démarre et c'est la fête: deux de ces nigauds continuent à jouer avec leur GSM pendant que les autres tapent dans tout ce qu'ils trouvent à la manière de chimpanzés, tout le long du wagon. C'est l'extincteur qui fait particulièrement les frais de leur délire: un petit con plus malin que les autres enlève la vitre de protection de l'engin et la balance par la fenêtre sans se demander si ça va pas compromettre la circulation du métro suivant.
(Mais ça les amuserait énormément si c'était le cas)
- "Oh Putain ! Oh PUTAIN !"
Entre leurs jappements, leurs insultes vulgaires à tout bout de champ et leurs provocations, je décide de changer de voiture. On s'arrête à Bockstael, je sors, j'entre dans la suivante. D'autres passagers font de même. Si on s'y mettait tous ensemble pourtant, on serait assez forts pour les déculotter tous et leur coller une fessée dont ils se souviendraient toute leur vie...
Evidemment, personne dans les parages. La Stib n'a sans doute pas assez d'argent pour financer la prévention de ces nuisances, les contrôleurs de billets et les agents supposés reconduire les mendiants à la sortie coûtent déjà assez cher...
Arrivée à Roi Baudouin, où une équipe de 4 hommes en rouge (dont je connais ni le titre ni la fonction, mais qui sont employés par la STIB si l'on en croit l'inscription sur leur gilet rouge) patrouillent en papotant. Une des passagères de mon wagon leur met le grappin dessus. Je passe près d'eux lorsque j'entends qu'elle leur explique que..
"... et ils ont cassé la protection de l'extincteur et l'ont jetée par la fenêtre, et ensuite..."
(Et ensuite moi j'ai changé de wagon...)
Je me retourne, quelques pas plus tard. Les hommes en rouge passent la tête par la porte du wagon vandalisé. J'ai l'impression de les entendre penser: "Faudra penser à remettre une nouvelle vitre de protection à l'extincteur tiens..."
Puis, je continue mon chemin.
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Les nouveaux portails anti-fraude et les "Ticket Controlers" , ça va aussi empêcher les tentatives de racket? Parce que notre fils, il y a quelques semaines, s'est vu interdire l'emprunt de l'escalator à Roi Baudouin, sauf si il donnait "quelque chose"...
08:46 Publié dans Pauvre de moi, Pauvre monde | Lien permanent | Commentaires (7) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : stib, insécurité, bandes urbaines, contrôleur, fraudeur, métro, portes automatiques





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Commentaires
Et oui c'est scandaleux !
Maintenant, il ne faut pas non plus mettre tous les jeunes dans le même sac, il y en a aussi qui sont civilisés, mais habituellement ceux là ne se promènent pas en bandes !
Effectivement on peut blâmer certains parents ... mais pas tous ... tous les gosses ne réagissent pas de la même façon à l'éducation qu'on essaye de leur donner ! Le tout c'est qu'à la Stib ils ne concentrent pas leurs efforts sur ceux qui améliorerait vraiment la qualité du service !
Ecrit par : Schapaon | 02.12.2009
Cher Schapaon, un gosse de 15 ou 16 ans n'a pas à jouer dans les métros le soir. De mon temps, quand on obéissait pas aux parents on était punis, et on osait rarement recommencer... - et il paraît que c'était pire encore dans la génération précédente - comme quoi, les temps changent...
En effet, à la Stib, ce n'est pas la qualité du service qu'ils cherchent à améliorer, mais leurs revenus...
Ecrit par : Anne | 10.12.2009
Je pense que je ne peux que vous renvoyez à ce texte dont l'essence apparait durant un bref instant dans votre pensée puis s'évanouit.
http://hugues.blogs.com/commvat/2006/01/it_takes_a_vill.html
Maintenant que vous l'avez lu, je crois que vous savez ce qu'il reste à faire la prochaine que ce genre d'histoires se produisent. Surtout qu'à 14-17 ans, ils ne sont pas très sûr d'eux et qu'un adulte ferme et autoritaire a vite fait de les remettre à leur place. On ne peut quand-même pas payer un bonhomme pour tout surveiller 24/24.
Sinon, un peu le même genre mais transposé à ma mode :
http://actu-flexion.lalibreblogs.be/
Bien à vous
Ecrit par : Siko | 10.12.2009
Bonjour Siko,
Des jeunes ont "envahi" le supermarché du coin un soir de cette semaine.
Ils ont causé quelques dommages sur les marchandises...
Un client bien intentionné leur a demandé gentiment de se calmer sans quoi il irait les signaler au caissier. Les gamins l'ont mis au défi avec moqueries et injures. Ils ont suivi le brave monsieur jusqu'à la caisse, où sans se démonter, il a expliqué la situation au caissier, qui s'est contenté de hausser les épaules...
Le client s'en est retourné, déçu. Les jeunes l'ont encore poursuivi d'injures et de moqueries: "T'es content, hé, t'as caf'té, tu te sens mieux?"
J'ai fait remarquer au caissier que si ces jeunes envahissaient le supermarché, les clients finiraient par fuir... et il m'a été répondu avec fatalisme: "Qu'est-ce que vous voulez, madame, on est pas loin de la cité..."
Ecrit par : Anne | 11.12.2009
Oui, eh bien personnellement, je suis un homme et malgré ma taille assez normal (1.80 m), je les aurais remis à leur place en les tirant par les oreilles comme les chenapans d'autrefois. En tant que femme, vous ne pouvez donc rien faire, je comprends. Si ce caissier est indifférent à la situation, ce n'est pas une raison de le devenir. Struggle to be a citizen !
Mais, sinon, pour des personnes plus faibles comme des femmes, ou simplement qui n'ont pas envie d'en venir à la force physique, il y a une solution très simple qui s'appelle la police. 101 sur votre GSM discrètement, et la situation devrait théoriquement être réglée. Suffit d'un peu dramatiser la situation au central, si vous voulez accélérer l'arrivée de nos petits schtroumpfs (Ne dites pas non plus qu'il y a un braquage, faut pas exagérer). Dites leur que c'est des arabes, ils vont arriver 5 x plus vite. (attention, c'est juste de la manipulation, je n'y suis pour rien si ils sont racistes dans cette profession).
C'est d'ailleurs assez affolant de voir que même appeler la police fait peur aux gens alors que c'est un service public. Je peux pas les blairer, mais les utiliser comme force de l'ordre, no problemo. Ça ne me pose aucun problème de les appeler. De l'escroc ambulant qui essaye de vendre des pins pour le SIDA pour mettre l'argent dans sa poche à l'action publicitaire sauvage sans autorisation (je la leur demande l'autorisation avant bien sûr), 101 !
Rien à battre, ce sont encore des personnes au service du citoyen. C'est leur job.
Note à part, franchement les biens du supermarché, je vois pas trop l'intérêt de les défendre. Ils vous volent au jour le jour... Les prix des matières premières ne fait que diminuer (très fortement, plongeant dans la misère les producteurs) et au supermarché, là curieusement ça augmente.
Donc, effectivement, même si ce sont des petits cons, je vois pas trop l'intérêt des les dénoncer (d'où la réaction du caissier qui pense certainement la même chose que moi). J'en ai un peu rien à faire que les actionnaires perdent 3 centimes. Dites leur juste de le faire dans le calme.
J'en ai déjà sauvé des gamins qui se font agresser par des bandes, et je m'en suis toujours sorti sans une égratignure. Il suffit de montrer les crocs, d'être très sûr de soi. Les humains sont pas tellement différents des clébards, observez-les, c'est parfois le tout petit chien qui l'emporte. Ça m'étonnerait qu'ils vous touchent.
Excusez-moi encore pour le ton cru de mes propos, mais je viens de rentrer de soirée, et c'est ce que ça provoque chez moi.
Quant à la honte que vous décrivez pour ce pauvre homme qui se fait insulter de "cafteur", franchement se faire insulter par des cons qu'est-ce que ça peut faire ?
Pour la petite anecdote, je dois admettre qu'un jour j'ai bien failli mettre sérieusement ma vie en danger. Je me suis retrouvé avec un tesson de bouteille contre ma gorge. Sur le coup, je l'ai tellement insulté en lui postillonnant à la face qu'il est parti la queue entre les jambes. Mais si j'étais tombé sur un réel taré (ce qui est assez rare), je ne serais plus là. Donc, effectivement, il faut quand-même faire un peu gaffe.
Ecrit par : Siko | 12.12.2009
Je relis une dernière fois votre commentaire, et je me dis que la bonne réaction pour ce monsieur face à cette mise au défi aurait été d'appeler le central en face d'eux.
Bonjour madame, je suis dans tel supermarché, j'ai en face de moi une bande de pillards menaçants...
Bien plus efficace encore que tout ce que j'ai pu vous dire.
Ecrit par : Siko | 12.12.2009
Bonjour chers Lecteurs, merci pour vos commentaires. Je me suis dit que je devais vous faire part d'un truc qui m'a vraiment fait froncer le nez: j'ai vu une grappe de jeunes loufs monter dans le métro hier... armés d'un pit-bull sans muselière. Fait isolé ou début d'une mode?
Siko vous avez pris des risques mais votre psychologie est intéressante. Je suis pas d'accord du tout sur le fait de minimiser la gravité du vandalisme en grands magasins, même si ces derniers font des profits scandaleux. La prochaine fois qu'on se croise dans le métro faites-moi signe, j'ai un bonnet mauve et des lunettes rondes :-) Joyeuses fêtes à tous !
Ecrit par : Anne | 24.12.2009
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