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03.01.2009

Une journée en enfer

S7301555.JPGChers Lecteurs,

Qu'est-ce qui pousse les gens comme moi à explorer les zones d'ombre? Pourquoi privilégier une promenade dans les quartiers pauvres de Bucharest ou de Ternopil alors qu'il est si facile de s'évader à Biarritz ou à Torremolinos? Bonne question, Chers Lecteurs. On répondra, entre autres, qu'il est parfois nécessaire de prendre une grande baffe dans la figure pour nous aider à relativiser la réalité. Pas l'oublier sur une plage, non. Juste mettre ce qu'on vit en compétition avec la réalité de millions d'autres hommes, femmes et enfants dont personne ne parle jamais, histoire de se souvenir qu'on a beaucoup de chance d'être nés ici et maintenant.

Et les choses s'enchaînent. On projette de se rendre à Kiev pour un salon professionnel, on se rend compte que Tchernobyl n'est qu'à 100 kilomètres, on se dit: "What if...?". On se débrouille pour obtenir les autorisations nécessaires pour visiter la zone interdite et c'est ainsi qu'on se retrouve dans un vieux van Volkswagen harnachés d'un guide, d'un chauffeur et d'un militaire qui veillera à notre sécurité sur place.

Nous quittons Kiev vers 9h00 ce samedi matin. C'est l'hiver: la route est enneigée et chaotique. Dans le van, les conversations vont bon train. Viktor me dit qu'un jeu vidéo célèbre (Stalker) avait pour décor Pripyat, la ville fantôme située à 7 kilomètres de Tchernobyl, et il semble excité à l'idée de se faire photographier sur les lieux où oeuvre le héros douteux de cette aventure virtuelle. Je trouve ça indécent, un peu comme si il était normal de mettre Auswitz ou Bhopal en scène pour se divertir. Faut-il vraiment que les événements les plus graves, que ces lieux de souffrance soient détournés de leur sens à seule fin de s'amuser? Inutile d'entrer dans ce genre de discussion: notre monde est insensé et plus rien n'inversera le cours des choses. 

Progressivement, la circulation se fait moins dense. Nos discussions s'éteignent au fur et à mesure que nous approchons du chekpoint: nous regardons à travers les fenêtres embuées du van et la morosité du paysage nous rappelle, si nous l'avions oublié, que nous nous rendons sur les lieux du plus grand désastre nucléaire de tous les temps. Sur un lieu de mort.

Plus personne ne nous suit, plus personne ne nous croise, l'air devient de plus en plus pesant. Je me demande pendant quelques minutes si j'ai eu raison d'entreprendre ce périple, si je vais pas rentrer à la maison chauve ou fluorescente, ou avec un cancer ou pire. Mais je me souviens que je veux voir, que je veux savoir, sentir, éprouver. Peut-être, comprendre le sort de ces millions d'être humains brisés dans la plus grande indifférence et négligence de leurs et de nos gouvernements. Leurs maladies et leur mort, leurs enfants difformes noyés dans le formol des mensonges ministériels rassurants. Prétentieuse que je suis! Comment appréhender un tel drame? Et puis, les risques sont-ils si importants?

S7301437.JPG

Pas le temps de s'interroger plus avant: le van s'arrête, nous sommes à Ditiatki, aux limites de l'enfer. Dimitri, le jeune soldat qui nous encadre, ouvre les portes et nous sortons nous dégourdir les jambes et fumer une clope pendant qu'il présente nos passeports aux gardes du check-point. Vérification de nos identités. Deux panneaux rédigés en russe et en anglais nous avertissent du danger encouru par les téméraires qui franchissent la ligne de démarcation. La statue d'une "Sainte Vierge" fleurie, insolite dans ce pays orthodoxe habitué aux icônes, fait face à ces avertissements, comme pour nous inviter à lui demander une protection dérisoire. S7301436.JPG

Dimitri revient avec quelques formulaires, il faut les signer. On les décharge de toute responsabilité. On ne touchera à rien, on n'emportera rien, on ne mangera pas et on ne fumera pas dans la zone d'exclusion. Quelques autres conditions que je ne lis pas: c'est vraiment trop tard pour faire la fine bouche... Retour dans le van, la barrière s'ouvre. On peut y aller: on roule. De temps à autres, le chauffeur descend prendre quelques photos, lorsqu'un panneau indique par exemple, qu'ici, un village de 1400 habitants a été rasé et enterré et qu'il n'est pas recommandé de se promener sur les restes.

Moi: C'est la première fois qu'il vient ici?
Dimitri: Non, mais on lui a demandé de prendre des photos
Moi: Qui donc?
Dimitri: Un magazine. Les photographes ne veulent pas venir ici.

Surprisément (néologisme de mon cru), la route de Tchernobyl est parsemée de pipe-lines à ciel ouvert qui enjambent les routes sans aucune gêne. Pour une raison quelconque, les Soviétiques n'ont pas jugé bon d'enterrer ces tuyaux destinés à la distribution d'eau chaude, transformant ainsi la ville en terrain de croquet pour géants. Dans le van, on papote de nouveau. Dimitri nous demande de ne pas marcher dans l'herbe ou dans la mousse: il y a plein de radioactivité là-dedans. Rester sur le macadam. Aucun d'entre nous ne suivra son conseil: dès la prochaine halte, près du terrain de football, je m'enfonce dans la flore pour accéder à ces petites maisons abandonnées, que la neige d'automne rend encore plus solitaires. Je pénètre dans l'une d'elles: une table renversée et quelques chaises témoignent de la vie qui habitait ces murs il y a 23 ans. On nous a dit de ne rien toucher: je me contente donc de photographier au petit bonheur de ma caméra numérique bon marché, je filme un peu aussi, et j'entends Dimitri claxonner: il est déjà temps de repartir.

S7301512.JPGPlus loin, c'est avec le réacteur numéro 4 de la Centrale Lénine que nous faisons connaissance. Sous son sarcophage, des tonnes d'uranium attendent d'exploser, le sait-on? Dimitri nous démontre par dosimètre interposé qu'on est en train d'absorber une sacrée dose de Césium 137. Il nous dit qu'il y a aussi plein d'autres types de radiations ici, qu'on peut pas mesurer. Apparement tout le monde s'en fiche et moi aussi. De toutes façons, on en prend 3 fois plus un peu plus loin, autour de ce qui reste de la Red Forest, sur les vestiges d'une forêt dont tous les arbres sont devenus rouges suite au désastre. Les Soviétiques trouvaient pas ça joli: tout a été rasé et enterré.

C'est à Pripyat, la ville fantôme, que nous terminons notre périple. Les buildings sont dans un état très correct, on se dit que tout pourrait rentrer dans l'ordre avec un bon coup de peinture et bon nettoyage, mais le silence écrasant, cet arbre difforme, le moteur disparu de la grande roue du parc d'attraction nous rappellent que rien ne pourra jamais assainir cet endroit et que plus jamais on ne verra d'enfants jouer sur la place. Désolation. Désespoir. (Mais qui a bien pu piquer le moteur contaminé de la grande roue??) J'entre dans un magasin abandonné au pied d'un immeuble vide, quelques baignoires, des machines à coudre, des livres jonchent le sol. Dimitri nous rappelle: "Ne touchez à rien". Sur un violoncelle défoncé, un 33 tours nous propose une "Music Therapy", hors du temps.

Des fous dangereux continuent à nous bassiner avec l'idée que le nucléaire est propre et sans danger. Vraiment? Petit contrôle des radiations à la sortie de la zone: c'est bon, on peut passer. Je ne peux m'empêcher de m'exclamer:

- Et si ça avait pas été bon?

Dimitri me répond:

- Il aurait fallu passer deux ou trois jours en observation à l'hôpital.

Nous quittons la zone avec toute la nostalgie que l'endroit nous a transmis.

600.000 personnes sont décédées des suites de l'explosion du réacteur numéro 4. Des dizaines de milliers d'autres sont atteintes de cancers ou de handicaps plus ou moins graves dans la désinformation la plus totale. Les photos sont dans l'album adéquat à droite de cet article. Vous trouverez ci-dessous mon (très) modeste film de la zone, mais il faut absolument que vous en voyiez d'autres beaucoup plus instructifs et intéressants, comme celui-ci ou celui-là (il y a 5 épisodes, il faut les chercher un par un) ou mieux encore, visionnez tout ce que Google Video ou Youtube vous montreront avec le mot clef Tchernobyl. Vous comprendrez à quel point notre vie n'a pendu qu'a un fil pendant quelques jours, et à quel point on la doit au sacrifice (forcé) des liquidateurs.

"Faits divers":

"Plus tard, j'appris que l'expression «compter les vies» avait acquis les jours précédents une signification particulière. Durant les séances que la Commission gouvernementale tenait le soir et le matin, alors que l'on débattait de telle ou telle décision à prendre, par exemple, ramasser le combustible ou le graphite du réacteur derrière le réacteur accidenté, pénétrer dans la zone de haute activité pour rouvrir ou refermer telle ou telle vanne, Silaïev, président de la Commission gouvernementale, vice-président du Conseil des ministres de l'URSS disait: «Pour ça, il faut compter deux ou trois vies, et pour ça une vie»..." G. Medvedev.

Visitant l'hôpital de Kiev vers la fin d'avril 89, la biologiste Rosalie Bertell a appris "que sur 1000 femmes des environs de Tchernobyl, enceintes au moment de l'accident, seulement 65 auraient accouché et, sur les 65 enfants nés, seulement 37 auraient survécu." (Témoignage de Pierre Lehmann, "Retour de Tchernobyl", SEDE SA).

Le point final concluant les enseignements de Tchernobyl peut se trouver dans Le Monde du 28 août 1986 citant M. Rosen, le directeur de la sûreté nucléaire de l'AIEA, qui déclare à la conférence de Vienne d'août 1986 : "Même s'il y avait un accident de ce type tous les ans, je considérerais le nucléaire comme une source d'énergie intéressante. "

Cliquez sur "lire la suite" pour d'autres vidéos.

A visiter de toutes façons: http://www.dissident-media.org/infonucleaire/special_tche...

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26.11.2008

Kiev en Novembre

S7301293.JPGChers Lecteurs,

Kiev est à l'image de Lviv, en plus grand ou en plus prétentieux. Le parc automobile de la capitale est cependant beaucoup plus récent, on y voit moins de Lada assemblées avec des bouts de ficelles... Bien que les transports en commun ne semblent pas avoir été renouvelés depuis les années septante...
 
Les gens sont plutôt impolis et méfiants, très peu parlent anglais. Lors de l'arrivée, toute une foule est amassée dans un grand hall d'entrée comme pour assister à un concert: il n'y a que 4 guichets pour contrôler les passeports et comme à Lviv, les policiers ne sont pas pressés. J'ai demandé à sortir fumer une cigarette, et le policier m'a fait comprendre avec ses mains que je devais fumer sur place. Moi, vous savez, je n'y voyais pas spécialement d'inconvénient... 

Après avoir attendu une bonne heure et récupéré ma valise qui traînait sur le sol dans un coin, j'ai pris un taxi qui a eu un accident (léger) sur le chemin de l'hôtel. Là encore, trois employées se sont occupés de mon check-in, une a pris mon passeport, l'autre le reçu de la réservation, et la troisième est restée debout à me regarder. Il y avait un soldat dans l'entrée. Au bout d'un bon quart d'heure passé debout accoudée au comptoir, on m'a enfin donné une clef magnétique sans même me dire quel était l'étage ou le numéro de la chambre... Je l'ai prise machinalement, et j'ai fait quelque pas vers l'ascenceur avant de réaliser que je ne savais pas où j'allais... La réceptionniste a gribouillé le numéro de ma chambre sur une petite chemise en papier et j'ai enfin pu faire connaissance avec mes murs.
 
La chambre était petite mais confortable. Il faisait très chaud et mes tentatives de diminuer le chauffage s'étant révélées infructueuses, j'ai dormi la fenêtre ouverte en dépit du bruit (j'ai le sommeil assez lourd donc ce n'est pas un grand problème). La photo où vous voyez les voitures en contrebas s'engouffrer dans cet énorme carrefour a été prise de la fenêtre de ma chambre.

Il y avait un grand trou bien rond au milieu de chaque drap, on aurait dit que l'hôtel avait racheté les draps de chirurgie d'un hôpital pour les recycler en housse de couette. A moins qu'ils n'aient découpé ce tissus pour en faire des serviettes de table? Mystère et boule de gomme. Mais le petit déjeûner était très bon et copieux, il y avait vraiment de tout au buffet, comme à Lviv.
 
Les femmes sont belles et très maquillées, on en voit de superbes se promener avec des hommes laids et sales. Les dépliants distribués par l'hôtel proposent les services de "Beautiful ladies, friendly guides to take you out" ou des "professionnal massages" entre deux indications touristiques.
 
Viktor m'a promenée jusqu'à la maison aux Chimères: j'en avais déjà entendu parler comme d'une véritable curiosité, tout en béton et décorée d'animaux exotiques. J'aurais bien aimé visiter le musée consacré à Boulgakhov (un de mes écrivains préférés) mais le temps nous a malheureusement manqué. On a fait le tour du centre-ville en quelques heures au pas de course, j'ai pris presque toutes les photos le même jour et dans un temps très limité, car la nuit tombe déjà à 16h00... Il aurait fallu aussi pouvoir visiter le cimetière, faire une promenade le long de la Dniepr, faire un tour dans la vieille ville mais ça sera pour une autre fois...


 

10.09.2008

Où es-tu, Dracula?

af510aa56c32166a7c079a61e4868098.jpgChers Lecteurs,

Je rentre à l'instant de Bucarest, rien de terrible, juste un saut de même pas 24h00 pour visiter un client. Evidemment, lorsqu'on arrive à 2h00 du matin, qu'on visite son client à 10h00 et qu'on repart pour Bruxelles à 17h40, on a pas d'autre solution, si on veut ramener un peu plus que des souvenirs achetés à la hâte dans les boutiques de l'aéroport, que de se trouver un taxi sympa, autochtone de préférence, qui parle bien l'anglais pour vous emmener directement-pil-poil aux endroits à voir. Pas ceux qu'on montre dans les dépliants touristiques, mais là où les gens vivent leur vraie vie. Et aussi pour vous raconter ses souvenirs et vous faire la conversation.

J'ai eu de la chance: j'ai rencontré Mihai dans son taxi jaune,qui a accepté le deal: il a joué le guide, et il m'a fait voir le quartier Tzigane, où l'on côtoye une misère navrante, puis à quelques kilomètres de là, le quartier huppé, et dans les "must see", l'Ecole Militaire, l'Université, les différentes maisons de Ceausescu aussi.

Vous souvenez-vous, Chers Lecteurs, comment nous étions tous suspendus à nos petits écrans lorsqu'en 1989 le dictateur a été démis et il y avait ces images de la "Maison du Peuple", fraîchement achevée, symbole du pouvoir et de l'administration du pays, que les citoyens avaient investi...

J'ai vu cet édifice. Le vocable "Palais du Parlement" qu'on lui attribue à présent ne convient pas, c'est trop petit, trop modeste pour désigner ce monstre gigantesque où se réunissent à présent députés et sénateurs. L'ogre des Carpates laisse une empreinte indélébile dans l'histoire de l'architecture: nul mieux que lui n'aura pu projeter autant de sa personnalité dans une construction. Face à elle, on se sent petit, vulnérable, menacé. Cette magnifique et lourde structure impressionne, domine, écrase le passant sans doute autant que Ceausescu s'y appliquait. Mais il y a une sorte de splendeur dans cette démesure, et c'est ce qui nous pousse à lever les yeux sur elle pour l'admirer: vous trouverez quelques photos dans l'album "Bucharest", qui rendent bien peu justice...

J'ai demandé à Mihai ce que la révolution avait changé pour lui, dans son quotidien. La réponse a été sans surprise, comme celle de Yuri à Lviv ou de Miro à Ljubljana: avant, tout était garanti, logement, travail, nourriture. Et puis maintenant, plus rien n'est sûr. Oui, on est libre, on peut quitter son pays, aller où on veut quand on veut, lire la presse étrangère... Mais... plus rien n'est sûr. Mihai est tombé malade, après avoir travaillé 24 ans, une incapacité complète. Il recevait chaque mois son revenu minimum garanti par le gouvernement: 50 Euros par mois, une obole quand on sait que le loyer d'un appartement est de 300 à 400 Euros. Sa liberté, il n'en profite pas: c'est désolant. Une liberté sans argent et sans moyens, est-ce cela qui va nourrir ses enfants et payer ses frais médicaux? Tout comme dans les autres nations sortie du Pacte de Varsovie ou d'URSS, la génération qui a vu la chute du mur est sacrifiée aux besoins de la nouvelle économie. Et on se dit qu'on a de la chance d'être nés ici et maintenant...

Dans la rue, j'ai rencontré un clodo (vous le reconnaîtrez facilement à sa barbe sur la deuxième page de photos) qui m'a raconté dans un anglais impressionnant que demain à 10h00, des scientifiques et des physiciens tenteraient de créer un trou noir à Genève, et que Nostradamus l'avait prédit ! Il secouait devant mes yeux la page déchirée d'un journal roumain pour appuyer ses dires, les passants ralentissaient pour écouter notre conversation tout aussi surréaliste que le couple que nous devions former. Il a accepté de poser pour moi: je lui ai dit que sa photo serait vue par plein de monde.

Bucarest, Chers Lecteurs, c'est aussi une histoire de câbles; il s'agit probablement la ville où il est le plus ardu de vouloir photographier une façade tant les fils électriques abondent, c'est tout bonnement impressionnant. Il faut aussi que je vous dise que les filles sont très jolies, que circuler en bagnole en ville relève de l'exploit et que les transports en communs sont pas terribles (du moins, il n'auraient pas pu m'être utiles). D'autre part, n'achetez pas de Dacia, il paraît que ça tombe toujours en panne et que la carosserie ne vaut rien.

Il faut admirer l'iconographie locale, fine et lumineuse, et aussi apprécier le fait que la plupart des gens qui ont croisé mon chemin ces dernières heures connaissait l'anglais ou le français et m'ont renseigné en souriant lorsque j'errais à pieds au centre de cette grande ville. J'espère avoir pu rendre par mes photos un peu des contrastes que présente cette capitale européenne que je ne connaissais pas du tout, et que je ne connais toujours pas, d'ailleurs. Je vais me débrouiller pour y retourner et jouer les vraies touristes, quelques jours en décembre ou en février prochain: j'ai emporté plein de questions et de curiosité avec moi.

Ah oui. J'ai vaguement espéré rencontrer Dracula et j'ai laissé la fenêtre ouverte pour dormir au cas où, mais vous vous en doutez, il est pas venu. Tant pis !

L'album photo de Ljubljana est ouvert mais il n'y a que 6 photos (mon appareil m'a lâchée), là aussi j'avais dû visiter la ville au pas de course :-( Cette jolie petite capitale a des airs de Zürich.

Prochaines destinations: Kiev, Tchernobyl, Ternopil et Lviv en octobre, Munich en novembre et puis c'est Bruxelles  jusqu'en janvier. Mais là, je prendrai des vraies vacances, dans mon futur pays d'adoption: la Nouvelle-Zélande.

(PS: photo ci-dessus: Wikipedia)

Je vais finir la soirée en écoutant Arid en live au Belzik festival: Too late, tonigh...

 

19.05.2008

Une iconoclaste à la Nuit des Musées

e5df4b1074846ea63bb508eb4bcb5c7a.jpgChers Lecteurs,

Je rentre à l'instant de Paris: mon blog ayant eu l'honneur de retenir l'attention de la rédaction de La Libre, je me suis vue offrir un week-end on ne peut plus mouvementé dans la capitale française en l'honneur de la Nuit des Musées. Je voulais faire un clin d'oeil au passage à l'auteur de Textes et Prétextes qui avait amplement mérité cette victoire, c'est son désistement qui m'a permis de vivre cette aventure. J'espère qu'elle aura l'occasion de profiter prochainement d'une autre récompense.

Alors... Paris...

Sublîme et puante comme à l'accoutumée. Ses rues grouillent de monde jour et nuit, et ce trop plein d'humanité donne le vertige; les bouches de métro expulsent un jet incessant d'âmes, leurs couloirs abritent les laissés pour compte, juste sous les centaines d'affiches colorées invitant les passagers à une ébahissante diversité de spectacles et de divertissements. Paris magnifique de son histoire, de ses monuments, de ses jardins et de ses... musées...

Petite Souris me demande:

- Tu aimes l'art post-contemporain?

Je me drape dans mon ignorance mon indignité et décide d'assumer:

- Moi, j'y connais rien !

Petite Souris (déçue): Oh !

Mais qu'est-ce que je fiche là? Je suis tout juste capable de distinguer un Dali d'un Van Gogh, j'ai jamais vraiment été douée pour faire la part des choses entre un truc gothique ou néo-classico-machin (honte à moi !) et me voilà usurpatrice de la place de quelqu'un que tout ça aurait peut-être passionné plus que moi, qui suis là comme une grosse touriste inculte. C'est vrai. Je suis une grosse touriste inculte. Mais (piètre excuse): je m'informe, puisque je suis là !

C'est au Grand Palais que j'ai pu admirer plusieurs échantillons du mobilier somptueux et des portraits de Marie-Antoinette - dont plusieurs ont été exécutés par Elisabeth Vigée Lebrun. J'ignore encore à quelle école cette artiste appartient, mais la douceur des traits et sa façon presque tendre de mettre en valeur ses modèles féminins m'a fait sourire et rêver. J'aurais sûrement, comme Marie-Antoinette, choisi ce peintre pour exécuter mes portraits.

J'ai examiné le visage de la reine sous tous ses angles, comme jamais je n'avais encore eu l'occasion de le faire, en espérant percer un peu de ce mystère qui plânait autour de sa vie. Coupable ou pas? Et si oui, de quoi? Mais c'est en regardant ces magnifiques écritoires en nacre, ces commodes d'une marquetterie si riche, ou encore ces magnifiques fauteuils brodés, que j'ai trouvé des réponses.

Tout d'abord, j'ai ressenti quelque chose de pathétique dans cette frénésie d'achats, de constructions, de somptuosités, dans laquelle on devine une insatisfaction constante, une recherche insatiable de plaisirs et de possessions. Marie-Antoinette aimait les belles choses, de toute évidence. Mais ces oeuvres d'art qu'elle nous a léguées bien malgré elle et que la révolution a épargnées, sont vraiment les seules choses pour lesquelles nous pourrions la remercier. Il n'est pas du tout souhaitable qu'une nation soit gouvernée par quelqu'un d'aussi égoïste qui puisse se complaire dans un luxe scandaleux alors que le peuple est soumis au régime de l'arbitraire et de la faim. Et puis, je me suis demandé combien de Marie-Antoinette il y avait encore, dans le monde. Il semble qu'un en reste beaucoup, et pire, que d'autres émergent...

C'est après qu'on a visité l'Exposition de Figuration Narrative, toujours au Grand Palais. J'ignorais jusqu'à l'existence de cette forme d'art, jursqu'à ce que je découvre qu'il s'agissait de représentations de cases de BD géantes avec des couleurs vives, du jaune, du vert, du rouge, beaucoup de rouge. L'atmosphère dégagée par ces tableaux indisposent, mes yeux n'accrochaient pas les dessins, ne comprenaient pas ceux qu'il voyait, à moins tout simplement que je ne veuille pas faire face à l'agressivité des traits, des couleurs et à la violence des scènes représentées?

Nicole (après quelques pas dans la galerie): Je ne pense pas qu'on va s'attarder ici.

Tant mieux. Il n'y a là rien à quoi je puisse m'identifier, cette exposition, c'est pour les hommes, ceux qui, nourris de phylactères durant leur enfance, lisent encore Blake et Mortimer en cachette dans leur bureau. Pas pour moi.

C'est au Musée d'Art Moderne que j'ai fait de réelles découvertes: Brassaï, tout d'abord, dont les photographies m'ont interpellée. N'hésitez pas à jeter un oeil ici, où vous pourrez en admirer plusieurs. La grosse touriste que je suis, déjà un peu moins inculte, a avancé son nez à quelques centimètres des oeuvres peintes par Matisse et Picasso, comme pour tenter de renifler un peu de ce qui fut à l'origine de leur grandiose inspiration. J'ai également apprécié les oeuvres d'Otto Dix, dont j'ignorais l'existence. Mais je n'ai pas compris les bricolages de Réquichot, je n'aurais pas voulu d'un Rouault dans mon salon, et les taches de peintures de Sonia Delaunay ou de Pollock m'ont laissée perplexe. Vraiment, est-ce de l'art? Qu'est-ce que l'art? Ne puis-je pas en faire aussi, après tout? Croyez-vous que si j'achète une toile, un pot de peinture, et que je... peut-être que... ??

Mais il se fait tard. Nos pieds sont douloureux d'avoir tant arpenté les rues pavées et les couloirs des musées, il faut s'asseoir, boire un thé chaud quelque part, laisser décanter tout ce qu'on a vu.

Nicole: Je pense tenir mon article pour le blog.

Moi: J'ai encore des doutes.

Nous avons encore discuté Marie-Antoinette, enfants, boulot, les maris qui ne font pas la vaisselle et la chance que nous avons de participer à cet événement. Notre petit groupe s'est ensuite reformé à la gare du Nord, nous sommes arrivés à Bruxelles fourbus et heureux, les yeux plein d'étoiles et chargés de souvenirs à raconter, et de choses à méditer.

Merci à La Libre, à Thalys, à Cécile Janvier de la direction des musées de France pour son agréable compagnie, merci à Nicole et à Petite Souris pour leur conversation, et merci à notre petite journaliste rockeuse pour sa bonne humeur tout au long de notre séjour.

12.03.2008

Victor

0b13a38ced6cde723652683c22e78650.jpgChers Lecteurs, Chère Chloé,

Merci beaucoup pour ces mots d'encouragements, qui me touchent beaucoup.

Figurez-vous que j'étais en Ukraine, à Lviv plus exactement. C'est une expérience que je ne suis pas prête d'oublier, j'ai été par exemple très mal à l'aise à l'idée d'être millionnaire, et donc potentiellement toute-puissante avec seulement 500 Euros en poche. Un repas complet dans un bon restaurant vaut 4 Euros en ville. J'ai définitivement compris que j'étais pas faite pour devenir riche :-)

Il y a tellement de choses à raconter ! C'est un autre monde, vraiment différent, émouvant et attachant. Dont la culture a été confisquée par les Polonais, puis les Allemands et les Soviets, mais qui est en train de renaître à lui-même.

Les photos sont dans l'album adéquat, à droite sur votre écran :-)

Mais au-delà du succès commercial de ce voyage, et notre fierté de travailler avec une des meilleures sociétés du pays, c'est une formidable aventure humaine qui commence. Une histoire de fous, comme toutes les belles histoire, juste comme je les aime. Rose-Marie, je pense que vous allez aimer aussi.

Hier, nous avons décidé, mon gentil patron et moi, de nous offrir une visite guidée de la ville avant notre départ. La réception de l'hôtel Dnister nous recommandé Victor. Il est venu nous chercher à 10h00, pour une visite d'une heure et demie. On est finalement restés ensemble jusqu'à 15h00, moment du check-in à l'aéroport, et on a échangé beaucoup plus que des informations historiques sur la cité, bien qu'il y en ait eu énormément, Victor étant vraiment très cultivé, expliquant les choses, les façades et les célébrités locales avec force détails.

Il nous a étonnés, lorsque face à un café bien chaud, il nous a expliqué qu'il était ingénieur en électronique. Aucun investisseur n'a voulu reprendre l'affaire dans laquelle il travaillait lorsque l'URSS s'est fracturée. En 1991 il s'est retrouvé au chômage, et pourrait probablement écrire une encyclopédie sur l'art du Système D tant il semble le maîtriser à merveille depuis qu'il a été charpentier, traducteur, guide touristique, spécialisé dans les recherches généalogiques. Victor est intelligent, flexible, volontaire, ingénieur trop tôt retraité dont les connaissances nécessiteraient un sacré coup de poussière si il travaillait pour nous...

Mais oui ! Et si il travaillait pour nous à partir de l'Ukraine? Si on l'embauchait comme agent? Les 5 heures que nous venions de passer avec lui ne valaient-elles pas un excellent entretien d'embauche?

Vous savez... je sais pas attendre. Je lui ai proposé sur le champ, avant de nous quitter. Il a pointé ses côtés négatifs, a voulu rester honnête, mais s'est montré enchanté de l'opportunité de faire quelque chose de différent, de stable et de rémunéré. Et en descendant de l'avion, j'ai mis la machine en route de notre côté. On va le faire. Tout ça en moins de 48 heures, à l'improviste. Yaw...

Accessoirement, Victor a de magnifiques yeux bleus saphir.

07.02.2008

Les Kiwis et moi

Chers lecteurs,

Je reviens de Nouvelle-Zélande. Les mots me manquent pour vous décrire tout ce que j'y ai vu, les photos que j'y ai prises ne donnent qu'une pauvre idée de la beauté des paysages. Voici le compte rendu rapide que j'ai écrit à un de mes clients français, dont la maison mère se trouve à Auckland, lorsqu'il m'a demandé quels étaient mes sentiments à mon retour. Si vous voulez plus d'infos sur ce pays... vous connaissez Google... Et les premières photos que j'ai eu le courage de trier sur mon disque dur sont dans la galerie adéquate ;-)

Cher Laurent,

Ce pays est magnifique, tout en bleu et vert, avec de gros nuages très blancs dans lesquels on voudrait pouvoir se plonger. On y respire le calme et la sérénité: la nature est omniprésente et respectée. J’ai d’autres photos plus insolites (activité géothermique, geysers etc) mais je dois encore les transférer sur mon disque; je pense le faire ce week end, et je vous communiquerai l’adresse du blog où vous pourrez les consulter.

Mr N. s’est présenté comme Senior Buyer, et semble particulièrement concerné par l’achat des composants passifs non-ROHS. Il est très aimable.

Auckland est une ville agréable et moins stressante que Paris ou Bruxelles, mais ça reste une ville, avec des hautes tours, du ciment et des voitures. Cependant on y rencontre pas nos problèmes de circulation et d'embouteillages : les routes sont larges (4 bandes le plus souvent) et bien entretenues. Le voisinage de l’Océan fait que les mouettes rôdent dans le centre ville.

La température moyenne sur l'île du Nord est de 24° l'été et 13° l'hivers (avec petites variations selon les endroits).

J'ai surtout parcouru l’intérieur des terres de l’île du Nord (Hamilton, Cambridge, Rotorua, Napier, Gisborne…).

Ces villes sont beaucoup plus modestes, sont plus agréables que la capitale : quelques rues principales avec les commerces, villas et bungalow en bois tout autour, et l'Océan ou des lacs (cratères de volcans) à proximité (style photo Napier2 bien que cette ville ait en plus la caractéristique d'avoir été construite entièrement dans le style Art Deco dans les années 30, après qu'elle ait été totalement détruite par un tremblement de terre).

Les bâtiments ont un ou deux étages au plus, ce qui fait qu'on profite pleinement du ciel et qu'on a pas de sensation d'oppression.

Les gens sont gentils, vous saluent dans la rue, vous parlent et vous posent des questions curieuse lorsqu'ils remarquent que vous venez d'Europe. Eux-mêmes n'ont pas souvent l'occasion ni les moyens de voyager: le niveau de vie est très bas: un plein d'essence coûte 25 Euros (voiture moyenne), une chambre d'hote pour deux personnes petit déjeuner inclus coûte entre 20 et 120 Euros selon la région et le luxe mis à votre disposition (une chambre single coûte la moitié du prix, voire moins dans les Backpackers). Je n'avais pas choisi les logements les plus chers; j'ai voulu privilégier le contact humain plutôt que confort, mais je n'ai jamais eu à me plaindre de quoi que ce soit, ni été frustrée sur la qualité des services offerts.

Un bon restaurant (plat, dessert, boisson) revient à 12-20 Euros par personne. La qualité de la nourriture est moyenne: dans le style anglo-saxon (beaucoup de graisses, de sucreries et de sodas). Les gens ont des problèmes d'obésité et de diabète, et le gouvernement mène désespérément des actions préventives.

Les Maoris (habitants d'origine, avant la colonisation européennes) sont très grands et massifs, je les ai vu danser le Haka, c'est très impressionnant... La culture maorie fait partie des mœurs, d'ailleurs le présentateur du journal télévisé salue les spectateurs dans les deux langues (Anglais et Maori). Il ne semble y avoir aucun problème racial majeur, les mariages inter-ethniques sont monnaie courante.

Les villes "à risques" (c'est-à-dire toutes celles qui sont situées sur la côte) ont un "plan tsunami" et des points de refuge dans les collines en cas de tremblement de terre.

Cette visite ne fait que confirmer mon ambition d’ouvrir AC Pacific d’ici deux ou trois ans, sans doute à Napier (j'ai adoré cet endroit)

Mais avant cela, il y a encore beaucoup de travail à faire en Belgique :-) D'ailleurs, je dois m'y remettre :-)